Appel à contributions

Anthropologies libanaises : dispersions et lignes de force

Coordination

 

Nicolas Puig, anthropologue, directeur de recherche à l’IRD (URMIS)

Michel Tabet, anthropologue visuel, chercheur associé au LAS

 

Quelles anthropologies libanaises?

Ce numéro a pour objet d’apporter aux lecteurs français et francophones des éclairages anthropologiques sur le Liban contemporain, en mobilisant les travaux de chercheurs formés, résidant et/ou travaillant dans ce pays. Il n’existe certes pas une anthropologie libanaise unifiée et, à l’image de la tendance diasporique du pays et de sa fragmentation sociale, les travaux publiés en trois langues (français, anglais, arabe) sont autant produits par des chercheurs étrangers qui approchent sur le temps long certaines réalités du pays, que par des Libanais, en poste au Liban ou à l’étranger, qui travaillent sur leur propre pays. Ces derniers dépendent autant d’institutions universitaires privés (American University of Beirut, Université Saint Joseph ou encore Université Libanaise, seule université publique du pays, qui rassemble la moitié des étudiants) que de centres étrangers, en France (CNRS), au Royaume-Unis ou encore aux États-Unis. Ainsi, Selim Abou et Suad Joseph, pionniers de l’anthropologie au Liban, ont deux carrières différentes : le premier, jésuite, est recteur de l’Université Saint Joseph de 1995 à 2003 et travaille notamment sur la migration et l’acculturation. La seconde, qui explore les thématiques de la parenté, du genre et de la citoyenneté dans la région, obtient le grade de docteure de l’université de Columbia en 1975 et enseigne, jusqu’à une date récente, à l’université de Californie, Davis. Tandis que la présence d’un institut Français de recherche à Beyrouth (l’Institut Français du Proche-Orient, anciennement CERMOC) permet des séjours sur plusieurs années de chercheurs français et européens, dont quelques anthropologues.

Cette variété des positions et des lieux de l’écriture fait écho à une dissémination des thématiques et il serait vain de tenter de dresser un tableau de l’anthropologie libanaise au singulier. Il reste néanmoins possible d’identifier quelques lignes de force qui relient différents travaux entre eux et de replacer des écrits, ou des séries d’écrits, dans leurs temporalités, en lien avec l’historiographie libanaise récente. Ce retour proposé sur les anthropologies libanaises dans les pages de ce numéro d’Ethnologie française a donc pour ambition d’articuler une approche épistémologique (quels savoirs ont été produits sur le Liban et dans quelles conditions) aux études empiriquement fondées de contributeurs qui cherchent à rendre compte, sans prétendre à l’exhaustivité, de différents aspects des réalités contemporaines du pays.

L’anthropologie et les disciplines voisines, géographie humaine et histoire orale, auraient-elle des choses inédites et spécifiques à dire sur les évolutions et le devenir de ce pays à la fois proche et lointain, qui en restituerait les complexités, les contradictions mais aussi les fluidités, au-delà des représentations qui opposent la vie nocturne débridée au communautarisme exacerbé ? Serait-il possible de distinguer un apport de ces recherches au champ de la discipline d’une façon plus générale ?

La pertinence du propos reste très directement liée à l’accroche des enquêtes sur des terrains : des ethnographies dont les anthropologues n’ont pas le monopole puisque les historiens et les géographes, voire les linguistes sociaux, peuvent aussi les ériger en support méthodologique privilégié. Cet abord méthodologique rassemble a minima les travaux de nature anthropologique sur le Liban et il sera attendu des auteurs de réserver dans leur contribution un espace pour préciser les contours et temporalités de leur terrain ethnographique. Cela permettra d’identifier les méthodes et approches constitutives de « terrains du Liban » : des façons variées de mener l’enquête pour approcher les différentes facettes des réalités du pays dont il s’agit à présent de dresser un bref tableau, au risque d’une simplification abusive et sans prétendre les épuiser.

Quels paysages ethnographiques?

Du Liban on se rappelle l’interminable guerre « incivile » (Beydoun, 1993) qui s’achève presque par lassitude (1975-1990). Mais que sait-on de cet État tourmenté, trente ans après l’accord de Taëf (1989), un peu plus de dix après une autre guerre, dite de trente-trois jours, qui ensanglanta l’été 2006 (Mermier et Picard, 2007), au moment où le pays est confronté à une importante tension démographique du fait de l’afflux de réfugiés syriens (Kfoury et Puig, 2017; Dahdah et Puig, 2018) ?

Car le Liban offre un paysage humain complexe où les polarisations communautaires et la tendance diasporique des ressortissants nationaux croisent les insertions sur des temporalités diverses de réfugiés et de migrants originaires de la région, d’Asie et d’Afrique. Il est ainsi au carrefour d’intenses circulations d’hommes, de choses et d’idées qui le traversent, s’y déposent, s’y racinent parfois. Ces circulations invitent à penser la relativité de la question de l’étrangeté, en lien avec les positions et statuts de chacun, et alertent sur la nécessité de s’enquérir des multiples rapports d’altérité qui reconfigurent en permanence les différents espaces sociaux dans ce pays. Sur la corniche de Beyrouth (Delpal, 2005), dans le quartier multi-ethnique de Dawra (Dahdah, 2016) ou encore sur le marché de Sabra (Dimachki, Puig, 2016 ; Kassatly, Puig, Tabet, 2016) des côtoiements urbains inédits favorisent l’éclosion de formules du contact entre les groupes nationaux (installés arabes, migrants asiatiques) et communautaires ; ces sociabilités troublent les hiérarchies établies liées aux statuts et à l’ancienneté de la présence.

Dans le paysage humain, et académique du Liban, les réfugiés palestiniens présents depuis 1948 occupent un espace spécifique qui attise la curiosité de nombreux anthropologues. Ils cherchent à reconstituer la généalogie de l’exil, les dynamiques culturelles et mémorielles, à comprendre le fonctionnement social du camp et son rôle de matrice politique et identitaire. Pas moins d’une dizaine de thèse ont été soutenue ces dernières années sur les camps et groupements palestiniens du Liban, à l’instar de la recherche au long cours de Hala Abou Zaki sur les mémoires et l’urbanité à Chatila soutenu en 2017 à l’EHESS.

Avec les circulations, les conflits récurrents, de basse ou haute intensité, avec les voisins ou entre communautés, provoquent des fragmentations sociales et politiques et mettent en péril l’équilibre politique du pays, connue comme la « formule libanaise » (al-sīra al-lubnaniya). Les territorialisations politiques cloisonnent les espaces tandis que le communautarisme partisan s’actualise sous de multiples formes (Mermier et Mervin, 2012) et s’insinue au cœur même de l’État nation. La « pudeur des communautés », cet ensemble de pratiques politiques, qui, pour l’historien Ahmad Beydoun, rendait possible la présence d’un État dans l’espace laissé libre par un retrait du communautaire, a perdu beaucoup de terrain durant la guerre (1993: 82-83). Que devient dans ce contexte la coexistence entre communautés, le « vivre-ensemble » (at-ta’ayûsh) produit de la réciprocité des perspectives et du partage des rituels (Kanafani-Zahar, 2004) ?

Comment, le Liban continue-t-il d’exister, entre pesanteurs et inventivités sociales ? Dans le monde arabe, il conserve une place spécifique notamment du fait qu’on y rencontre un peu moins de censure qu’ailleurs, ce qui a permis le développement d’une importante industrie du livre (Mermier, 2005) – Idhafât, la principale revue arabophone de sociologie et anthropologie est d’ailleurs publiée au Liban – et de la culture, plaçant « la créativité au cœur du régime de croissance du capitalisme libanais » (Hariri, Kassis, 2017).

Cette créativité est pour partie liée à un effort esthétique pour parfaire le travail inachevé de la mémoire de la guerre civile au Liban. Des démarches artistiques ont émergé et se sont saisis des notions d’archives et de récits, de fiction et de vérité, dans un même élan pour rendre compte du passé (Bellan, 2007). La question irrésolue des mémoires de la guerre, qui fait l’objet de nombreuses analyses avec un pic des publications en 2010 (Mermier et Varin, Haugbølle, Volk), hante en effet la société libanaise et imprime ses effets délétères sur les évolutions sociales et politiques jusqu’à nos jours. Ainsi, la demande d’explication sur le sort des disparus adressés aux responsables politiques de l’époque, dont la majorité est toujours aux affaires, est pressante. Cela même si un accord a minima émerge pour constituer un récit historique unifié de la nation témoignant d’une convergence des positions, malgré ou au-delà de la persistance des clivages communautaires (Raymond, 2013).

La ville dans son rapport à la montagne et les dynamiques de la citadinité forme un champ de questionnements particulièrement prégnants. Durant la guerre du Liban, Seurat s’intéressait à l’organisation sociale d’un quartier de Tripoli en mobilisant la notion khaldounienne de ‘asabiyya (esprit de corps). Il cherchait à comprendre la relation entre la ville « lieu de la construction nationale traversée par les communautés » et la montagne communautaire (1985). Une fois la paix revenue, la reconstruction et les ruines (Brones, 2010) ont constitué des enjeux de recherche important. Les appropriations communautaires dans les villes, de Beyrouth en particulier, ont fait l’objet d’études nombreuses, notamment d’urbanistes critiquant la dépossession du centre-ville par des politiques urbaines libérales conduisant à l’expulsion des habitants et à la constitution de zones gardiennées, gérées par des entreprises privés (Tabet, 2003, Akl et Beyhum, 2009). Beyrouth, dont le destin riche et tragique suscite de multiples récits, n’est plus cette ville négligée, décrite par Mahmoud Darwich, qui « imprimait des livres, diffusait des journaux, organisait des conférences et colloques où l’on traitait des questions planétaires mais ne prêtait aucune attention à elle-même » (1994, p. 57) ; elle est désormais une ville autant partagée que disputée.

En lien avec la ville et les territorialisations, une série d’interrogations abordent l’évolutions des leaderships et le fonctionnement contemporain du système confessionnel et des relations de patronage, dont l’espace complexe et ne peut être réduit à une simple relation de domination mais installe entre patrons et clients des aires d’influence et des formes d’attachement et de rejet (Rivoal, 2012).

À cette échelle, dans l’intimité des sujets, peuvent être décrites les pratiques du corps constitutives de « constructions dialogiques des apparences » (Bartholeyns, 2011) productrices de similitudes et de différences. Le Liban est l’un des pays où la chirurgie esthétique est la plus pratiquée, la première opération, tout comme en Iran, étant la rhinoplastie (modification de la forme du nez). Cet engouement entretient l’évolution rapide de normes esthétiques et témoigne d’un investissement important dans le modelage du corps, qui prend une forme spécifique en fonction de la culture locale de la beauté, ancrée dans les relations familiales et sociales. L’apparence est sans doute plus qu’ailleurs le support de la reconnaissance de l’autre, tandis que les modifications pratiquées signalent la présence d’un trouble dans l’ethnicité libanaise (« Ici on a un problème avec le nez sémite » constatait un chirurgien esthétique).

Enfin, et sans clore le bref inventaire des problématiques soulevées par les ethnographies libanaises, les religiosités et pratiques religieuses occupent une place importante dans l’expérience ordinaire des habitants. Aux saisissements communautaires qui rassemblent une confession autour d’un rituel fédérateur et désormais souvent modernisé (Tabet, 2013) répondent les divers « arrangements » et « attachements horizontaux, religieux, politiques et sociaux, (…) entre les membres de communautés religieuses différentes »(Aubin-Boltanski, 2012, p. 295, Kanafani-Zahar, 2011). Tandis que les églises évangéliques attirent de plus en plus de fidèle, suscitant de nombreuses conversions, notamment chez les migrantes pour lesquelles ces nouvelles religiosités constituent une forme de réaffiliation sociale « qui affecte l’existence de façon discrète mais décisive » (Kaoues, 2016, p. 48).

Et maintenant on va où?[1]

Ce numéro propose un éclairage sur le Liban, construit à partir d’une assise ethnographique classique ou de méthodologies sonores, filmiques et visuelles – à l’instar des recherches de l’anthropologue visuelle Houda Kassatly dont l’une des photos introduit cet appel –. Il a pour double objectif de multiplier les approches pour offrir aux lecteurs différentes facettes du paysage ethnographique libanais et d’identifier et décrire les principales tendances des recherches produites sur ce pays en anthropologie, avec notamment l’ambition de faire connaitre les travaux libanais aux lecteurs francophones.

Ce numéro sera co-édité par Nicolas Puig (anthropologue à l’IRD) et Michel Tabet, anthropologue visuel et cinéaste (associé au LAS). Il réunira des auteurs libanais et étrangers qui écrivent régulièrement sur ce pays. Les propositions de contributions (titre et résumé de 4000 à 6000 signes, références bibliographiques incluses) sont attendues pour le 30 septembre 2019. Elles mentionneront les principaux axes de démonstration ainsi que le matériau (enquêtes et/ou archives) mobilisé et seront assorties d’une notice bio-bibliographique de l’auteur.

Elles doivent être envoyées aux coordinateurs du dossier, Nicolas Puig et Michel Tabet : nicolas.puig@ird.fr et michel@zwyx.org. La sélection des propositions sera transmise aux auteur-e-s courant novembre 2019.

Les textes définitifs (de 35.000 à 70.000 signes max., espaces et bibliographie compris) devront être envoyés avant le 30 mars 2020. La publication de ce numéro d’Ethnologie Françaiseest prévue pour le printemps 2021.

Références bibliographiques

Abou Selim, 1972, Immigrés dans l’autre Amérique. Autobiographies de quatre argentins d’origine libanaise, Plon (Terre humaine).

Abou Zaki Hala, Thèse d’anthropologie, Chatila à la croisée des chemins : guerres, mémoires et urbanités dans un camp de réfugiés palestiniens, Michel Agier (dir.), EHESS Paris.

Akl Ziad et Beyhum Nabil, 2009, Conquérir et reconquérir la ville, l’aménagement urbain comme positionnement des pouvoirs et contre-pouvoirs, Université de Balamand, Académie Libanaise des Beaux-arts, Beyrouth.

Aubin-Boltanski Emma, 2012, « Notre-Dame de Béchouate. Un “objet-personne” au cœur d’un dispositif cultuel », L’Homme, n° 203-2014, p. 291-320.

Bellan Monique, 2007, « Des représentations de l’histoire et de la mémoire dans l’art contemporain au Liban, » in Itinéraires esthétiques et scènes culturelles au Proche-Orient, IFPO, p. 223-232.

Bartholeyns Gil, 2011, « Introduction,Faire de l’anthropologie esthétique”, Civilisations, dossier Les apparences de l’homme, n° 59, p. 9-40.

Beydoun Ahmad, 1993, Le Liban. Itinéraires dans une guerre incivile, Paris, Karthala.

Brones Sophie, 2010. Thèse d’anthropologie, Beyrouth et ses ruines (1990-2010), une approche anthropologique, Jean-Charles Depaule (dir.), Université Paris Ouest Nanterre La Défense.

Dahdah Assef, 2017, « Pratiques marchandes et négociations identitaires. Le commerce ethnique dans les quartiers de Sabra et Dora (Beyrouth) », Hommes et migrations, n° 1319, p. 19-27. 

Darwich Mahmoud, 1994, Une mémoire pour l’oubli, (trad. Yves Gonzales-Quijano et Farouk Mardam-bey), Arles, Actes Sud, Babel.

Hariri Nizar et Kassis Grace, 2017, “The Cultural and Creative Sector in 5 Arab Mediterranean Countries: Skill-Mismatch and Active Labour Market Policies”, European Scientific Journal, Aout, Special Edition, p. 182-197.

Dahdah Assaf et Puig Nicolas (coord.), 2018, Exils Syriens : Parcours et Ancrages (Liban, Turquie, Europe), Le passager clandestin, Bibliothèque des frontières, 120 p.

Delpal Christine, 2005, « Sur la corniche de Beyrouth, fuir la ville ou marcher à sa rencontre », in L’urbain dans le monde musulman de Méditerranée, Paris, Maisonneuve & Larose, p. 137-154.

Dimachki Loubna et Puig Nicolas, 2017 « Réduire l’étrangeté. Interactions entre installés arabes et migrants asiatiques sur un marché de Beyrouth », Hommes et migrations, n°1319, p. 28-37.

Haugbølle Sune, 2010, War and Memory in Lebanon, New York, Cambridge UP.

Kanafani-Zahar Aïda,2015, « Le religieux au Liban : vecteur de lien, de violence et de conciliation », Les champs de mars, n° 26, p. 68-81.

Kanafani-Zahar Aïda, 2004, Liban. Le vivre ensemble (Hsoun, 1994-2000), Geuthner.

Kassatly Houda, Puig Nicolas, Tabet Michel, 2016, « Le marché de Sabra à Beyrouth par l’image et le son. Retour sur une enquête intensive », Revue européennes des migrations internationales, vol. 32, n° 3 et 4, p. 37-68.

Kaoues Fatiha, 2014, « Réfugiés et migrants dans les églises protestantes évangéliques libanaises : Recompositions identitaires et enjeux sociaux », L’année du Maghreb, n°11, p.195-211

Kfoury Liliane et Puig Nicolas (coord.), 2017, Réfugiés et migrants au Liban, Hommes et migrations, n°1319.

Mermier Franck et Mervin Sabrina, 2012, « Une approche anthropologique du leadership au Liban », in Leaders et partisans au Liban, Karthala-IFPO-IISMM, p. 7-32.

Mermier Franck et Picard Élisabeth, 2007, Liban, une guerre de 33 jours, Paris, La Découverte.

Mermier Franck, 2005, La ville et le livre, Beyrouth et l’édition arabe, Arles, Actes Sud.

Raymond Candice, 2013, « Vie, mort et résurrection de l’histoire du Liban, ou les vicissitudes du phénix », Revue Tiers Monde, n° 216, p. 71-87.

Rivoal Isabelle, 2012, « Intimité, mise en scène et distance dans la relation politique au Liban », in Leaders et partisans au Liban, Karthala-IFPO-IISMM, p.139-165.

Seurat Michel, 1985, « Le quartier de Bâb Tebbâné à Tripoli (Liban), étude d’une ‘asabiyya urbaine », in Mouvements communautaires et espaces urbain au Machreq, CERMOC, Beyrouth, p. 45-86.

Suad Joseph, Suzan Slyomovics (Ed.), 2001, Women and power in the Middle East, University of Pennsylvania Press.

Tabet Jade (dir.), 2003, Beyrouth, la brulure des rêves, Paris, Autrement.

Tabet Michel, 2013, « Mises en scène du martyre de Husayn. Du rituel à la communication numérique », inAutour des morts de guerre, Maghreb-Moyen-Orient, Éditions de la Sorbonne, p. 215-232.

Volk Lucia, 2010, Memorials and Martyrs in Modern Lebanon, Bloomington, Indiana UP.

[1]D’après le film de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki, 2011 (وهلّأ لوين؟)

 

AAC – Anthropologies libanaises